« En 2008, lorsque nous avons acheté ce vieil hôtel particulier, j'étais déjà passionnée de construction écologique et de BBC (bâtiments basse consommation). J'avais écumé les expos et salons « écolos », et presque tout lu sur le Grenelle de l'Environnement.

Bien entendu j'ai décidé de faire de ce chantier un exemple de rénovation écologique tant au plan des matériaux utilisés, qu'au plan de la consommation en énergie ou celui de la décoration et de l'ameublement..

Je n'avais pas encore pris la mesure de la complexité technique que cela allait engendrer...

En premier lieu, si le Grenelle de l'environnement était pavé de bonnes intentions, j'ai dû me rendre rapidement à l'évidence : les règlements, DTU et autres joies des lois de la construction en France n'étaient en rien adaptées à ces bonnes intentions. S'il ne nous pas été possible d'utiliser le chauffage solaire ou les panneaux photovoltaïques car nous étions dans le périmètre d'un monument historique (La Collégiale), nous avons pu malgré tout construire un jardin d'hiver bioclimatique, grâce aux conseils avisés de Olivier Hansberger, architecte- conseil de l'Isle sur la Sorgue.

En deuxième lieu, il a fallu trouver les entreprises qui acceptaient de me suivre dans ce concept. Certaines avaient déjà une expérience notamment pour ce qui concernait le chauffage, et d'autres ont accepté de travailler parfois en tâtonnant avec moi... pour trouver la bonne formule du béton de chaux et chanvre !!
Les plans d'agrandissement m'obligeaient à réduire de moitié la surface du jardin existant. Mais je réussis à compenser cette perte par la création de 4 terrasses dont les surfaces étaient supérieures à celles perdues et l'exposition beaucoup plus ensoleillée.

Le premier travail a consisté à démonter tout ce qui avait été fait 30 ans auparavant : doublages et sols en ciments qui enfermaient l'eau dans les vieux murs de pierres appareillés à la chaux, et à détecter les nombreux ponts thermiques..

Puis nous avons procédé au démontage et à la réfection complète des toitures. L'isolation est aujourd'hui constituée de 3 fois 10 cms de rouleaux de chanvre et lin, posés en quinconce. Les voliges ont été remplacées par des panneaux de bois compressé de 22 mm thermiquement plus efficaces (surtout l'été) et hydrofuges recouverts de tuiles anciennes.

Les extensions ont été montées en briques monomur de 30 cms. Isolations et doublages ont été remplacés par 10 cms de chanvre et cellulose puis de cloisons en Fermacell, très isolants thermiquement et beaucoup plus solides que le Placoplâtre classique « BA13 »

Toutes les fenêtres sont en bois avec doubles vitrages (10/16/6), les volets à double lames permettent une isolation thermique efficace aussi bien en été qu'en hiver.
Les baies du jardin d'hiver en fer forgé sont isolées par des joints à rupture de pont thermique et à doubles vitrages.

La grande verrière est également en double vitrage feuilleté + gaz argon et des volets roulants électriques permettent de protéger du plein soleil d'été et des nuits froides. En automne, hiver et printemps, le soleil vient frapper directement la verrière, apportant lumière et chaleur gratuites dans le jardin d'hiver.

Chaque fois que c'était possible nous avons utilisé la chaux en remplacement du ciment ou des peintures : les sols du RC ont été coulés en béton de chaux et chanvre, les façades ont été enduites à la chaux et frotassées à l'ancienne, les murs ont été peints et ferrés à la chaux, teintés aux ocres de Roussillon.
Les sols sont recouverts de pierres naturelles posées également à la chaux, permettant une excellente inertie thermique pour le chauffage/rafraichissement par le sol tout en laissant la « respiration » se faire, complétée par une VMC.

Une pompe à chaleur Air/Eau assure chauffage et rafraichissement par le sol. Une chaudière à gaz à condensation fournit l'eau chaude et le chauffage de la piscine intérieure et vient remplacer la pompe à chaleur en cas de grands froids.

Un puits intérieur découvert lors de la rénovation a été équipé d'une pompe immergée pour l'arrosage du jardin et des terrasses.

La stérilisation de l'eau de la piscine intérieure est assuré par des UV et de l'oxygène actif. Un volet roulant protège la piscine des déperditions caloriques et humides.
Afin d'éviter les rayonnements potentiellement nocifs de la WIFI j'ai fait câbler toutes les pièces de la maison. Internet et téléphones sont reliés à une baie de brassage centrale.

En prolongement de cette rénovation écologique, j'ai meublé et décoré la maison de façon la plus naturelle possible : les matelas sont en latex, les alèzes en coton, les draps en métis lin/coton, les serviettes de bain en coton, tous blancs.

Cerise sur le gâteau : les lits sont orientés tête au Nord, tel que recommandé par le Feng-Shui !

Le surcoût engendré par cette construction écologique est d'environ 15%, que nous espérons récupérer en partie sur la baisse de consommation en énergie. Et pour le reste , cadeau aux générations futures !

Au final, les travaux, commencés en mars 2009, ont été terminés en avril 2011 et ont réuni plus de 20 corps de métier différents »

Carole Gayet